De Apple, Silicon Valley, à Station F, retour sur le parcours de Cyril et son enceinte connectée Padam

De Apple, Silicon Valley, à Station F, retour sur le parcours de Cyril et son enceinte connectée Padam


Cyril Labidi est un ingénieur, ancien d’Apple, qui après plusieurs années de salariat a décidé de fonder sa propre entreprise : Forward Labs.
Aujourd’hui, il nous présente son parcours en partant de ses études suivies de multiples expériences jusqu’à son passage à l’entrepreneuriat.
Nous remercions Cyril pour ce témoignage très enrichissant qui évoque notamment le retour et les ressentis que l’on peut avoir en franchissant une telle étape.
Par ailleurs, Cyril Labidi lance en ce moment même un projet novateur simplifiant l’expérience audio avec les enceintes connectées Padam.
Une campagne de crowdfunding pour soutenir ce beau projet est lancé sur Kickstarter depuis le 29 mai.

Dans un premier temps, peux-tu nous parler de ton parcours professionnel ? Métiers exercés ?
Entreprises que tu as connues ?

Tout d’abord, j’ai fait une école d’ingénieur à Compiègne, en mécanique, avec un projet de fin d’études aux Etats-Unis chez Bose, à Boston. Ensuite, j’en ai profité pour obtenir un double diplôme en faisant un master avec Georgia Tech à Atlanta, aux Etats-Unis.

Par la suite, j’ai travaillé 2 ans pour HEAD acoustics, entreprise produisant des instruments de test et de mesure acoustique et ayant un bureau américain basé dans le Michigan. J’étais responsable Business Development et Field Application Engineer pour leurs produits de mesure de qualité du son sur les produits télécommunications. Cette expérience m’a permis d’en apprendre beaucoup sur le plan technique, mais aussi de tisser de nombreux contacts et un réseau avec de grosses boîtes comme Cisco, Apple, Microsoft, etc.

En 2007, je décroche un boulot chez Apple au bout du 3e entretien qui est finalement concluant. Cela s’est très bien déroulé et j’ai notamment pu développer l’équipe jusqu’à 13 ingénieurs. Cependant, au bout de 5 ans, je commençais à être un peu lassé d’une certaine routine qui s’installe avec le 6e Iphone, 4e Ipad, Earpods, etc. Je passe ensuite une excellente année à Stanford Business School puis rejoins Tymphany où j’étais dans le département Sales et Marketing aux États-Unis, dans la Bay Area.

Je suis rentré en France en 2016 et s’en est suivi mon passage à l’entrepreneuriat. Après avoir baigné pendant des années dans un environnement tel que la Bay Area, beaucoup d’idées te viennent en tête. À Stanford, j’ai donc essayé pas mal de projets mais aucun n’avait pris. Souvent les idées sont bonnes mais j’ai très vite appris que cela n’était pas l’unique facteur. Il faut trouver une idée qui est bonne car elle représente un besoin, vérifier que ce besoin existe, s’assurer de pouvoir faire le produit qui répond à ce besoin et enfin ne pas oublier une étape capitale : est-ce que c’est un business ? En effet, tu peux trouver un besoin et un produit mais encore faut-il que les gens soient prêts à payer un prix plus élevé que cela ne te coûte. Quand j’ai pensé à une idée qui était proche de mon domaine d’expertise, à savoir l’audio et le hardware, je pense que cela a constitué un important facteur pour me décider à enfin me lancer car j’avais une certaine légitimité pour mettre à exécution cette idée-là. J’ai aussi réussi à rallier une équipe très solide et motivée autour de cette idée, ce qui m’a apporté une grande confiance en mon projet.

Et la phase de transition, tu avais des appréhensions ?
Comment ça s’est passé ? Tu avais droit au chômage en France vu que tu avais déjà bossé ?

Non non, je me suis lancé sans filet pour le coup, je n’avais aucune aide.

Tu étais sous contrat américain encore ?

J’étais encore sous contrat américain. Si je quittais mon boulot, je n’étais pas payé et je tapais directement dans les économies. Évidemment, cela a donc constitué un gros stress pour moi qui a heureusement été contrebalancé par une grosse motivation de mon équipe et personnelle. À priori, ce qui est essentiel pour moi avant de se lancer, c’est d’être conscient que tu pourras toujours retomber sur tes pattes. Dans le pire des cas, tu auras appris beaucoup de choses, mis en valeur ton profil et pourras toujours profiter des opportunités au bout du tunnel en cas d’échec.

Tout ça tu te le disais déjà quand tu étais en France ou tu penses que c’est notamment ton passage aux Etats-Unis qui t’a donné un peu plus d’optimisme ?


Je pense que mon passage aux États-Unis m’a permis d’avoir cet optimisme-là parce que si cela ne marchait pas, j’avais encore des centaines d’opportunités dans la vallée et un réseau qui me permet de me dire que je retrouverai toujours quelque chose, même dans le pire des cas. À Tymphany, j’avais reçu une offre de Magic Leap, une start-up Augmented Virtual Reality en Floride avec 1 milliard de dollars à l’époque. En parallèle, j’avais aussi des discussions avec Devialet. Je me rappelle avoir fait une Excel spreadsheet très compliquée avec notamment : qu’est-ce que je veux faire dans ma vie ? je mets plus de poids sur l’argent, l’apprentissage ou l’industrie ? Etc. Quand je n’ai ni accepté l’offre de Magic Leap, ni celle de Devialet, je me suis dit que c’était le moment de sauter vers mon projet. Il y a le côté opportunité qui ne passe qu’une fois, avoir 5 ou 6 personnes très fortes et motivées à bosser sur ton projet sans être payées.

Penses-tu que tu aurais pu entreprendre avant d’avoir été salarié ou que c’est finalement ton apprentissage en tant que salarié qui t’a permis d’entreprendre d’une manière un peu plus évoluée, avec des méthodologies précises et des choses que tu as appliquées ?

Il y a une certaine confiance quand on a de l’expérience qui te permet de te lancer en sachant à quoi tu t’exposes. Le fait d’avoir appris, le fait d’avoir le background et les connaissances m’a permis de me dire “ok, je sais le faire, je peux le faire”. Je savais par exemple que telles choses marchaient chez Apple, telles choses chez Tymphany, etc. Ayant travaillé avec beaucoup de marques, j’ai acquis une bonne connaissance du marché, des entreprises et leur fonctionnement. Cela m’a permis de m’assurer que ce que je lançais était différent et que je pouvais faire les choses à ma sauce en connaissance de cause. Quand tu n’as jamais bossé, il y a aussi un bon argument, tu as une certaine naïveté qui peut être utile pour se lancer. En effet, il faut tout d’abord regarder un pas devant soi, et non pas quinze car cela devient très vite démotivant.

Ta nouvelle vie d’entrepreneur est-elle conforme à ce que tu attendais ? Y a-t-il des choses auxquelles tu ne t’attendais pas du tout ? Rétrospectivement, comment analyses-tu ta situation aujourd’hui ?

Je n’ai pas eu grand-chose de très surprenant. Je pense qu’aujourd’hui les gens sont bien plus exposés et il y a plein de façon de savoir à quoi s’attendre. On entend partout : “ça prend du temps, lever de l’argent c’est compliqué, il faut bien s’entourer, tu vas te prendre des refus, etc.” Finalement, on en entend tellement parler que quand tu vis ces situations c’est moins surprenant. Le tout est de savoir garder la tête dans le guidon, résoudre et avancer.

As-tu bénéficié d’un soutien particulier avant de te lancer ? Comment as-tu pu organiser le pro/perso ?

Pour moi, il a fallu que madame soit partante, sinon l’équilibre n’aurait pas pu le faire. J’ai aussi un petit de 3 ans et un projet de deuxième. Au niveau familial c’est donc prenant et ce n’est pas la situation idéale où tu es tout seul, où tu peux bosser 60/80h par semaine sans que cela affecte ton entourage. Il a donc été essentiel pour moi d’en parler, de vérifier le tout ensemble avant de me lancer. Comme elle y croyait et était motivée, cela a aussi fait partie des choses qui ont fait la différence. Côté pratique, c’est tout de même un peu dur et il faut faire attention à ne pas tomber dans un déséquilibre trop marqué.

L’entrepreneuriat t’a-t-il donné plus d’espace pour mettre en application tes valeurs ?

Moi j’ai trouvé ça super cool dans la réalisation. Je me rappelle très clairement quand nous étions à station F et qu’il y avait un workshop où l’on faisait du brainstorm sur le produit, la marque et nos missions et valeurs justement. Tu te rends compte assez vite que tu peux injecter dans ta marque, dans le produit hardware que tu lances, tes propres valeurs et ce qui te touche personnellement. Par exemple, je suis quelqu’un de très tempéré mais les mensonges sur le plan marketing, les campagnes bullshit et autres choses dans ce genre m’énervent particulièrement. C’est quand tu commences à comprendre que tu peux vraiment donner l’image de ce qui compte pour toi, comme un produit honnête et authentique qui peut finalement être ta propre marque, que tu es sur un boost super satisfaisant.

Si on se projette dans 30-40 ans, quel héritage aimerais-tu laisser à travers ton expérience entrepreneuriale et ta marque ?

Je pense vraiment que si tu peux réussir à avoir une marque, un produit, une entreprise qui reste en tant que quelque chose d’utile, que les gens ont adoré, c’est le top. Nous on travaille dans le domaine de l’audio, et la musique ajoute une texture à ton quotidien, cela peut vraiment changer la façon dont les gens se sentent. Si on arrive à faire quelque chose dont plus tard les gens se diront que c’était vraiment utile, cela a vraiment changé leur quotidien et que ça les a accompagnés pendant des moments clés, ce serait l’idéal. Je pense qu’il est important de rester loin du côté purement commercial. Je ne veux pas qu’on se dise “il est trop fort il a réussi à faire des millions” car ce n’est tout simplement pas l’objectif.

Par rapport à ton projet Padam, quelles sont les prochaines grandes étapes ?

En ce moment, nous préparons la campagne de crowdfunding qui sera sur kickstarter. Lancer sur kickstarter, trouver notre marché de fans, les premiers 1 000 clients qui nous adorent puis d’ici la fin de l’année shipper pour pouvoir être proche de notre promesse et être authentique. On sait faire, on est expert dans le domaine donc on lance en mai, on ship seulement quelques mois plus tard et on distribue ensuite en ligne via Amazon dès qu’on a les produits en main. J’espère que des retailers comme la Fnac et Le Bon Marché viendront nous parler pour que le grand public puisse voir notre beau produit et l’utiliser.

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